The Beginner's Guide
2015 - genre indéterminé - PC / Mac
jeu solo uniquement
Deux ans après The Stanley Parable, Davey Wreden nous présente son nouvel ovni vidéoludique. Et le mot est faible. Il s'agit bien plus d'une expérimentation que d'un jeu à proprement parler. The Beginner's Guide met de coté les mécaniques classiques du jeu vidéo et vous propose un voyage initiatique poussant à la réflexion et à l'empathie.
Ca reste assez dur de parler de ce jeu sans tenter de l'interpréter. Il y aurait pleins de trucs a analyser, des symboles, des liens, on pourrait en discuter des plombes. Mais là c'est pas l'but. Juste une présentation rapide. Mais gardez ça en tête, si vous êtes du genre à vous agiter le cerveau et à repérer tous les détails pour essayer de comprendre et d'interpréter, ben y a de ça dans The Beginner's Guide.
Joue pas! Pas avec moi!
Pour l'histoire, Davey Wreden se pose en narrateur pour nous parler de son pote, Coda, créateur de jeux entre 2008 et 2011. Suite à un bug, Coda est touché par la grâce et décide de se consacrer à décortiquer, rechercher et remettre en question les codes et les principes qui charpentent les oeuvres vidéoludiques. Il va alors produire une multitude de petites expériences au fil desquelles une réflexion sur le statut du jeux vidéo en lui même se dégagera. Réflexion qui va gentiment entamer la santé morale de notre cher Coda, qui utilisera alors ses recherches pour matérialiser ses états d'âme en trois dimensions. Un peu comme un mec triste composant un morceau de blues pour parler de son mal-être.
Bah on va pas rigoler, ça non. Si The Beginner's Guide se présente en vue FPS, il n'offre comme possibilités que les déplacements basiques et l'interaction avec quelques objets de manière binaire (en gros c'est sur off, je le met sur on). Voilà, c'est tout. Pour le reste, c'est un couloir. Ou plutôt des couloirs. Pendant deux heures. The Beginner's Guide est construit comme une suite d'une quinzaine d'univers absurdes indépendants. On avance comme dans une visite guidée. Aucun challenge, pas
de défaite possible. Donc pas de victoire.
Alors quel intérêt?
Le jeu est assez touchant. Il propose en première partie de découvrir quelques mécaniques qui sortent de l'ordinaire, pour amener a des questionnements du type: c'est quoi, dans le fond, un jeu vidéo? A quel moment cesse-t-il d'en être un?...
Et puis, en douceur, Davey Wreden distille un peu d'émotion. Je pense en particulier à ce jeu ou l'on se retrouve à l'intérieur d'une maison feng-shui, avec pour seul but de faire le ménage en discutant. Débarrasser la table, faire le lit, ranger la bibliothèque... La musique est douce, y a presque un feu dans la cheminée et l'on répète les mêmes gestes. Dehors, par les baies vitrées, on peut voir la neige, la nuit et sentir le froid. J'aurais pu y passer de longues minutes avant de me lasser. J'ai vraiment eu cette sensation, vous savez, lorsque vous êtes trempé par la pluie, malmené par le vent et que vous passez la porte de votre appartement. Il y a du chauffage, des plaid, des lumières tamisé, de la bière et son jogging. C'est chaud et c'est doux.
Bon plus on avance, plus on se prend les souffrances de Coda dans la figure. On explore ses doutes, ses craintes, et immanquablement, on s'y retrouve aussi. The Beginner's Guide sous entend dépression, angoisse de la page blanche, enfermement et frustration.
C'est assez bien fichu. Je me suis pris au jeu, j'ai eu le sentiment que Coda existe bel et bien et qu'il se sert du jeux vidéo comme d'un journal intime, d'un exutoire à tourments.
En fait c'est assez particulier. Votre réaction dépendra de votre propre vécu. Alors, c'est sur, c'est pas pour tout le monde. Mais pour tous ceux qui ne répondent pas au téléphone par désir d'être seul, pour les mélancoliques, pour ceux qui se perdent dans leur propre vie, ceux qui se cachent et qui attendent, ceux qui créent mais qui, selon eux, n'y arrivent pas ou tout simplement ceux qui ont envie de tester un truc différent, ben allez-y, ça coute neuf euros sur steam. Pour les autres, passez votre chemin, vous allez vous emmerder.
Tant qu'à être dans le bad:
Petit bonus, un morceau très joyeux intitulé "She Sings to Forget You" de The Apartments, formation australienne menée par Peter Milton Walsh depuis le début des années 80.
Youhou, vive la vie! Bye.








